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Reconnexion Comment Éric Pearl a été initié à La Reconnexion - Tiré du livre « La Reconnexion »
La gitane juive de Venice BeachDouze ans plus tard, j’occupais plus de la moitié du second étage de l’édifice place Melrose. Mon cabinet était en plein essor : huit salles de traitements, des adjointes, des massothérapeutes, des réflexologues, un service de stationnement personnalisé et autant de clients que possible. Côté affectif, par contre, je tenais à peine le coup. Je venais de mettre fin à une liaison amoureuse qui durait depuis six ans mais qui devait dans mon esprit continuer toujours. Durant les jours qui suivirent la rupture, j’arrivai à peine à mettre un pied devant l’autre. Le plus pénible, à part de sortir du lit chaque matin pour me rendre au bureau, c’était de garder mon sang-froid auprès des clients. Comme si ce bouleversement dans ma vie privée ne suffisait pas, il fallait qu’en même temps je renouvelle mon personnel au grand complet. En effet, la directrice de mon cabinet, une femme hautement compétente, quittait Los Angeles pour aller retrouver son petit ami. Son départ coïncidait avec la démission convenue de deux autres employés. Je devais donc repartir à zéro. Il me fallait embaucher deux personnes pour remplacer l’administratrice qui me quittait. L’une d’elles s’occuperait de la facturation à l’intention des compagnies d’assurances, des rapports médicaux et de la correspondance. L’autre serait affectée au service à la clientèle et à l’accueil.
Comme on dit sur Broadway, faut que le spectacle continue! Dans mon cas c’était plutôt un roman-fleuve qu’un spectacle à grand déploiement. J’avais toujours eu un faible pour les réceptionnistes qui avaient du caractère. Certes, je tenais à ce que la mienne soit accueillante avec les clients afin de les mettre en confiance, mais je voulais aussi qu’elle ait assez de tempérament pour éviter que je m’ennuie. Comme je n’avais jamais eu particulièrement de flair pour l’embauche, une amie, dont c’était justement la profession, vint m’aider à trier sur le volet la meilleure candidate pour ce poste. Quelques autres personnes se joignirent aussi à nous pour l’entrevue de sélection. Parmi toutes les candidates rencontrées, une seule avait nettement retenu mon attention. Elle ressemblait à s’y méprendre au personnage de Fran Drescher du feuilleton américain télévisé La Gouvernante. Grande, désinvolte et mignonne, elle avait une belle chevelure noire et une voix criarde et nasillarde, avec un fort accent new-yorkais et un timbre à fracasser le verre. Elle disait avoir finalement renoncé à la carrière d’actrice. Mes amis me conseillèrent de ne pas l’employer. Rien n’y fit, je la voulais dans mon cabinet. Quelque chose dans son regard me rappelait mémé. Par ailleurs, je trouvais fascinant qu’une telle personne existe vraiment. Je tentai une fois de plus de me dissuader de lui offrir le poste et de m’en remettre à l’expérience de ceux qui étaient venus m’aider à choisir des employés compétents, mais j’étais sous le charme. Pourquoi laisser la raison tout embrouiller ? Ce fut en fait un cas d’attraction-répulsion. D’une part, elle me plaisait beaucoup, mais d’autre part, les clients la détestaient. Un beau jour, elle m’annonça que, avec toutes les pressions que je subissais, une journée à la plage me ferait le plus grand bien. Autrement dit, elle voulais se payer une journée de plage à mes frais. Le samedi suivant, nous partîmes donc pour Venice beach. Nous relaxâmes sur la plage et elle partit ensuite se promener. Elle revint quelques instants plus tard et me déclara : « J’ai rencontré une tireuse de carte. Vous devriez aller la voir. » Je n’avais rien contre la cartomancie, mais je préférais rencontrer quelqu’un qui avait de meilleures références. « Je n’ai pas envie de me faire tirer les cartes par une bonne femme sur la plage », répliquai-je. Je me disais que si cette voyante avait été compétente, elle n’aurait pas eu à installer sa table, ses cartes et ses chaises sur une plage bondée de monde dans l’espoir d’accrocher quelques clients au passage. Mais quand ma réceptionniste avait une idée en tête, elle pouvait être très persuasive. Rien ne servait de protester, il était évident qu’elle aurait gains de cause. Elle finit par m’avouer qu’elle avait rencontré cette femme dans une soirée et qu’elle lui avait donné rendez-vous sur la plage. «Ça serait très gênant pour moi que vous refusiez de la rencontrer maintenant », dit-elle d’un ton plaintif, ajoutant en fronçant les sourcils en signe d’imploration : « S’il vous plaît. Eric Pearl en action... dans ses très populaires séminaires
Vaincu, je la suivis sur le sable chaud jusqu’à cette femme. Celle-ci était installée à une table sur laquelle des cartes étaient étalées en éventail, à la manière proprement gitane. Après les présentations, elle me dit : « Bubbelah (NDT : diminutif yiddish signifiant « petit garçon »), tu veux une séance à dix dollars ou à vingt dollars ? » Bubbelah ? Une gitane juive ? Était-ce possible? Pour une raison ou pour une autre, je n’avais que vingt dollars sur moi. Considérant ma faim qui augmentait, je répondis : « À dix dollars. » Cette somme me valut une interprétation du temps présent très potable mais pas du tout mémorable. Après la séance, comme si elle avait presque oublié de me dire quelque chose, la femme ajouta : « Je fais aussi des traitements très particuliers. Ça relie les méridiens du corps au réseau énergétique de la planète, ce qui remet en contact avec les étoiles et les autres planètes. » Elle me fit remarquer que, parce que j’étais guérisseur, c’était quelque chose dont j’avais besoin. Elle me recommanda en outre de lire sur le sujet un ouvrage intitulé Le livre de la connaissance : les clés d’Enoch, de J.J.Hurtak. Intrigué, je lui demandai combien coûtait ce traitement. Elle me répondit : « Exactement 333 dollars. » Ce à quoi je rétorquai : « Non, merci. » C’était le genre d’attrape-nigaud contre lequel on vous mettait en garde aux informations du soir. J’entendais déjà l’annonce de la nouvelle : « Aujourd’hui, à Venice Beach, une gitane juive extorque 333 dollars à un chiropraticien crédule…. » Je pouvais imaginer ma photo en gros plan sur l’écran avec, en légende, le mot pigeon. « …. Elle le persuade aussi de lui donner 150 dollars par mois à vie pour brûler des lampions en vue de sa protection.» Je me sentais humilié rien que d’y avoir songé. Après avoir pris congé de cette femme, ma réceptionniste et moi nous ingéniâmes à trouver de quoi manger pour deux avec seulement dix dollars. Cela aurait dû être la fin de cette histoire de cartomancienne, mais les voies de l’esprit sont impénétrables. Je ne pouvais sortir ses paroles de ma tête. Un beau midi, je pris les dernières minutes de ma pause pour me rendre jusqu’à la librairie ésotérique du coin afin d’y feuilleter le chapitre 3 du Livre de la connaissance : les clés d’Enoch (le passage recommandé par la cartomancienne sur la plage). Ma plus grande leçon fut de constater que s’il existe un ouvrage écrit pour ne pas être lu rapidement, c’est bien celui-ci. Néanmoins, j’en avais lu suffisamment. Et ce que j’en avais retenu allait me hanter jusqu’à ce que je me résigne à caser ma tirelire et à téléphoner à cette femme. Le traitement devait être réparti sur deux séances, à deux jours d’intervalle. La première journée, je lui remis l’argent, m’étendis sur une table de massage et écoutai les protestations de mon mental pendant qu’elle tamisait les lumières et faisait jouer de la musique Nouvel Âge. Je me disais que je n’avais jamais rien fait d’aussi stupide. Comment avais-je pu donner autant d’argent à une pure inconnue pour qu’elle dessine des lignes sur mon corps avec ses doigts ? Je pensais à tout ce que j’aurais pu faire avec cet argent, quand j’eus soudainement l’intelligence de m’avouer que, puisque je le lui avais donné, il valait mieux cesser de récriminer et plutôt me préparer à accueillir ce qui pourrait survenir. Je restai donc ouvert. À la fin de la séance, mon mental m’annonça que rien ne s’était passé. Absolument rien ! Mais, de toute évidence, j’étais le seul à avoir cette certitude. La cartomancienne m’aida à me relever comme si la terre s’était dérobée sous mes pieds, me précisant de m’accrocher à elle pendant qu’elle m’aiderait à reprendre pied. « Retrouvez votre centre, me dit-elle. Revenez dans votre corps. » J’entendis ma petite voix intérieure dire : « Si vous pensez qu’il s’est passé quelque chose d’exceptionnel ici, ma p’tite dame, ça m’a échappé. » Comme j’avais déjà payé pour la deuxième séance, aussi bien revenir le dimanche suivant pour le second volet du traitement. Mais quelque chose de très étrange se produisit ce soir-là après le premier traitement. Je dormais depuis environ une heure quand je fus réveillé par ma lampe de chevet (une lampe que j’avais depuis dix ans), qui s’était soudainement allumée toute seule. En ouvrant les yeux, j’eus la très nette sensation qu’il y avait quelqu’un dans la maison. Armé de mon courage, d’un couteau à dépecer, d’un aérosol au poivre et de mon doberman, je fouillai toutes les pièces de fond en comble. Personne. Je retournai au lit avec l’étrange sensation que je n’étais pas seul, qu’on m’observait. La seconde séance commença un peu comme la première. Mais la similitude s’arrêta là. Mes jambes se mirent tout à coup à gigoter sans répit, puis cet état de bougeotte s’empara bientôt de tout mon corps, envahi d’un frisson quasi insoutenable. J’arrivais à peine à rester allongé. Même si l’envie était très forte de me lever et de sauter sur place pour évacuer ces frémissements de chaque cellule de mon être, je n’osais pas bouger. Pourquoi ? Parce que j’avais donné à cette femme plus d’argent qu’il ne m’en coûte hebdomadairement pour l’épicerie et que j’étais bien décidé à en tirer le maximum. Voilà pourquoi ! À la fin de la séance, j’étais encore frigorifié. On était en août, la chaleur était écrasante et la pièce n’était pas climatisée. Et moi, je claquais des dents. La cartomancienne m’enveloppa dans une couverture. Il fallut à mon corps au moins cinq bonnes minutes avant qu’il ne retrouve une température à peu près normale. J’avais changé. J’ignorais ce qui m’était arrivé. Je n’aurais su l’expliquer. Mais je sais que je n’étais plus la personne que j’avais été quatre jours auparavant. Je ne sais plus trop comment, mais je regagnai ensuite ma voiture et roulai jusque chez moi comme si mon véhicule connaissait le chemin. Je n’ai aucun souvenir du reste de cette journée. Tout ce que je sais, c’est que je me retrouvai au travail le lendemain matin. Mon odyssée venait de commencer. La Reconnexion, pp. 49 –54 |